Michel Le Tenier, photographe guidelois

Dans le cadre du Festival des 7 chapelles en Arts, Michel Le Tenier exposera ses photographies créatives à la chapelle Saint Matthieu. Quelques questions afin de découvrir cet artiste local et son oeuvre …

Qui êtes-vous ?

Je suis originaire de Guidel et j’y ai passé l’essentiel de ma vie. Cette commune, ses paysages et les personnes qui y vivent ont largement contribué à façonner mon regard. Après des études d’enseignant, j’ai exercé pendant de nombreuses années à l’école primaire, notamment à l’école Prat-Foën où j’ai accompagné plusieurs générations d’élèves jusqu’à mon départ à la retraite en 2022.

L’enseignement a été pour moi bien davantage qu’un métier : une aventure humaine fondée sur l’écoute, la transmission et le plaisir de voir chacun progresser à son rythme. Cette attention portée aux autres et au monde qui nous entoure nourrit également ma démarche photographique.

Aujourd’hui, la photographie occupe toujours une place importante dans ma vie. Elle me permet de continuer à observer, à apprendre et à partager, tout en portant un regard parfois poétique, parfois décalé, mais toujours curieux sur le quotidien.

Quand avez-vous développé un intérêt pour la photographie ?

Adolescent, j’ai fréquenté le club des jeunes de Guidel qui proposait une activité photographique. C’est là que j’ai découvert la photographie argentique et appris à regarder autrement ce qui m’entourait.

Par la suite, deux aspirations ont accompagné mon parcours d’enseignant comme de photographe : apprendre et transmettre. J’ai toujours aimé développer mon regard, explorer de nouvelles techniques et chercher de nouvelles façons d’exprimer une idée ou une émotion à travers l’image. Dès les débuts du numérique, je me suis intéressé au traitement de l’image, qui est progressivement devenu un prolongement naturel de ma pratique photographique, en particulier dans le domaine de la photographie créative.

J’ai également eu à cœur de partager cette expérience avec d’autres. C’est pourquoi je me suis impliqué dans plusieurs clubs photo de la région, notamment au sein de « Sensibilité Photo » à Guidel puis de l’Atelier de Création Numérique à Ploemeur, où j’ai animé pendant plusieurs années un atelier consacré à la créativité photographique. Ces échanges ont toujours été pour moi une source d’enrichissement mutuel.

Au fil des années, j’ai participé à de nombreuses expositions individuelles et collectives, principalement en Bretagne et en Irlande. Certaines de mes créations ont été distinguées dans différents salons photographiques en France et à l’étranger, mais ce qui me motive avant tout reste le plaisir de partager un regard et de susciter la rencontre autour des images.

Et vous avez déjà exposé à Guidel ?

Oui, à plusieurs reprises. J’ai eu la chance de présenter mon travail dans différents lieux de la commune au fil des années. Je garde notamment le souvenir d’une exposition collective à la chapelle Saint-Michel il y a une quinzaine d’années, puis d’une exposition personnelle à la chapelle La Pitié où j’ai présenté des photographies du Festival Interceltique de Lorient ainsi qu’une série intitulée « Clin d’œil à Magritte ».

J’ai également exposé à l’Estran, sous différentes formes : à travers des tirages photographiques mais aussi lors d’une conférence illustrée consacrée à mes voyages dans l’Ouest américain et australien. Plus récemment, la médiathèque de Guidel m’a accueilli pour une exposition qui a donné lieu à des échanges particulièrement enrichissants avec des visiteurs de tous âges, notamment des élèves du primaire et une classe du collège Saint-Jean.

Ces différentes expériences m’ont montré combien une exposition est avant tout une occasion de rencontres. Au-delà des images elles-mêmes, j’apprécie les échanges qu’elles suscitent, les regards qu’elles croisent et les interprétations parfois inattendues qu’elles inspirent aux visiteurs.

Vous avez mentionné le Festival Interceltique de Lorient, en quoi cette manifestation vous tient-elle à cœur ?

Le Festival Interceltique de Lorient accompagne une grande partie de mon parcours. J’y ai d’abord participé dans les années 1980 comme danseur au cercle celtique de Quimperlé, puis comme sonneur de bombarde au sein des bagadoù de Lorient et de Quimperlé au début des années 2000.

Au fil du temps, ma manière de vivre le festival a évolué, mais l’attachement est resté le même. Depuis une dizaine d’années, je fais partie de l’équipe des photographes officiels. À travers cette mission bénévole, j’ai le privilège de témoigner de la richesse des spectacles, des rencontres et des moments de partage qui font l’âme de cet événement.

Ce que j’apprécie particulièrement dans le FIL, c’est sa capacité à rassembler des personnes d’origines et d’horizons différents autour d’un patrimoine vivant. Musique, danse, langue et traditions y deviennent des passerelles entre les générations et les cultures.

La photographie me permet de conserver la trace de ces instants parfois éphémères : un regard, un geste, une émotion partagée. C’est une façon de contribuer, à ma mesure, à la mémoire collective de cette grande fête populaire qui fait rayonner notre territoire bien au-delà de la Bretagne.

Parlez-nous de l’exposition Au pied de la lettre — « Un voyage visuel dans l’imaginaire des expressions » que vous allez présenter à la chapelle Saint-Matthieu cet été .

Dans cette série, j’explore un autre terrain de jeu visuel : celui du langage. J’ai choisi de partir des expressions idiomatiques de la langue française et de les prendre au pied de la lettre, en les transformant en images. Ainsi, « tourner autour du pot », « sauter du coq à l’âne » ou encore « remuer ciel et terre » deviennent des mises en scène inattendues où le décalage entre le sens figuré et sa représentation littérale fait naître humour, surprise et poésie.

Le personnage central, toujours le même, a été photographié séparément puis intégré dans des univers que j’ai imaginés puis générés grâce à l’intelligence artificielle. Ces décors singuliers ouvrent de nouvelles perspectives visuelles, mêlant imaginaire et absurde, et permettent de donner forme à des images qui, jusque-là, ne vivaient qu’à travers les mots.

Avec cette série, je m’inscris dans une démarche de photographie créative : il ne s’agit pas de reproduire le réel, mais de l’interroger et de l’inventer autrement. L’appareil photo, associé aux outils numériques et à l’IA, devient ici un instrument de mise en scène et de réflexion, au service d’une narration où les mots prennent corps et se transforment en métaphores visuelles.

Mon intention est d’inviter le spectateur à sourire, à s’étonner, mais aussi à porter un nouveau regard sur la force évocatrice du langage et des images, dans un univers où le quotidien et l’imaginaire s’entrelacent avec légèreté et fantaisie.

Présentée dans une chapelle, cette série trouve une résonance particulière. Dans ce lieu propice au calme, à la contemplation et à l’intériorité, le visiteur est invité à prendre le temps de regarder autrement, de s’étonner et de redécouvrir la richesse cachée derrière les mots les plus familiers.

Aura-t-on l’occasion de vous voir à la chapelle cet été ?

Oui, je serai heureux de rencontrer les visiteurs à la chapelle les mercredis 15, 22 et 29 juillet de 16h à 18h30. J’apprécie toujours ces moments d’échange qui permettent d’aller au-delà des images elles-mêmes. Une photographie raconte rarement la même histoire à chacun ; les regards, les interprétations et les questions des visiteurs enrichissent souvent ma propre lecture de mon travail.

Par la suite, je serai mobilisé par le Festival Interceltique de Lorient. Pour celles et ceux qui ne pourraient pas découvrir l’exposition cet été, elle sera également présentée à la médiathèque de Gestel du 15 septembre au 24 octobre.

Et peut-on d’ores et déjà voir certaines de vos photos ?

Oui, une sélection de mes travaux est accessible sur mon site d’auteur. Les visiteurs y trouveront des univers très différents, du reportage à la photographie créative. C’est une manière de prolonger la découverte avant ou après l’exposition et de mieux comprendre les différentes facettes de ma démarche photographique.

J’espère surtout que cette exposition donnera envie de prendre le temps de regarder autrement : les mots, les images, mais aussi ces petits détails du quotidien qui nourrissent notre imagination sans que nous en ayons toujours conscience.

Merci à Michel Le Tenier pour ce partage. Cet été, la chapelle Saint-Matthieu offrira aux visiteurs une invitation à la curiosité, à l’émerveillement et à la réflexion, à travers un univers photographique où les mots prennent vie et ouvrent de nouveaux horizons à l’imagination.